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Gérard

Les jours heureux

On s'fait les brochettes

(Gérard Rodriguez)

- Louise vendredi on s'fait les brochettes?

- Faut que je demande à jeannot à rapport que je sais pas si on a encore du charbon!

- Bon qui t’ienvite?

- Eh! ben!! tata Odette et Marcellin, déjà y sont 4, mémé la p’tite bon, elle ma mère, elle mange pas beaucoup, mais eh! faut la compter, ou alors on lui fait aute chose vu qu’elle a plus les dents! oueillleee tié fou, elle!!! elle mange la viande ma fille, bon ok mémé la p’tite. Sa fait 5, nous on est 5, on va dire à tata Pierrette si elle veut venir y sont 4, mais je sais pas, à rapport que eux y viennent des 4 chemins et le soir y faut qui repassent à devant le cimetière, je sais pas si y vont vouloir, bon attends...

- Gerard mon fils, prends la bicyclette et va chez tata Pierrette, et demande lui si elle veut venir vendredi pour se faire les brochettes, et tu reviens tout de suite hein!!! que il est dejà 2 heures et tu sais que après 7 heure ton père y veut pas vous voir dans la rue à faire le scandale!!

- Bon alors combien on est? 14 ouille monnnn... bon ça fait rien au moins on rigole!!

- Oh mais attends vendredi c'est demain!! et zeck!!! alors y faut acheter les frissures maintenant car demain, tout le monde y len veut et wallou on en trouve plus!!!

Et les voilà partis acheter les frissures.

Le vendredi. Vers 16 heure
Voilà tata Odette, Louise ma mère et mémé la p’tite, que ça lui prends deux heures pour en faire une, qui coupent, le mou, le cœur, le foie la gorge de mouton et qui enfilent sur des baguettes de métal, les petits bouts de viande, ils préparent le camoun, la harissa, et vers 19 heure, mon père prends la relève, il allume son petit canoun que il avait fait à l'usine à gaz. Y met du papier, du petit bois, et du charbon pour faire de la braise, car les brochettes c’était sacré, j’ai jamais vu personne d’autre que mon père qui les cuisaient, ils les arrangeaient sur des grill, encore faites à l’usine à gaz, et les posait sur la braise. Nous on étaient tous autour de la table, sous la tonnelle de raisins et yen avait des grappes de raisins, il y avait sur la table la bouteille d'anisette et de bartissol, le vin rouge, de l’eau et du pain, quand les brochettes étaient cuites mon père les mettait sur la table et si tu voyais les affamés se jeter dessus, ah comme elles étaient bonnes.

Mon beau papa jeannot, à Sétif en 1937.

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Mon père lui mangeait toujours seul à côté du canoun à rapport que y fallait surveiller la cuisson, mais avec le temps je sais maintenant que cela le rendait pleinement heureux, la nuit avançait doucement, un petit vent chaud nous caressait à tous, le vent du sud le sirocco, comme il y en avait à bône, et qui promenait les senteurs de la viande d'agneau et du cumin, et du vin d’algérie fort en alcool. Hum!! ça sentait bon, ça sentait le bonheur, ça sentait la vie de nous autres, les pieds noirs, des fois les adultes ça riaient comme des fous avec des histoires et nous les petits on essayait d'écouter car des fois ça racontait des histoires un peu cochonne, et là, certains disaient: "enttention ya les enfants,vous voyez pas qui z’écoutent, ceux là alorrrss ya pas moyen d'être tranquille àlorrss!!!" et alors ça riaient de plus belle, et puis mon père y se mettait à chanter et tout le monde tapait dans les mains je me rappelle de certaines chansons qui disaient cela:

Bella à la gadzine. pecola bambine. viennnnnnnnns plus près de moi,
Ou alors
La fille a lestama en l'absence du papa se dit soyons mariole réparons la casserole et le p’tit pot d'étain quiétais dans le couffin.
Ou encore

En marchant sur la grand route, souviens yoi oui souviens toi, de gabes à tataoune i ne, de gabssas à medeni i e. sac au dos dans poussiere é re, marche batailon nelle.

Oui il était heureux mon papa.

Et nous les enfants bien repus on laissait les adultes rirent ensemble et vu que la maison était carrée, on pouvait en faire le tour. Alors on courait tout autour de la maison , et quand on arrivait à hauteur de les adultes. ma mère nous criant "les enfants si vous courez, courez doucement, que ya du monde qui dort enfin!!!"  des fois ça durait et ça durait alors on nous mettait des couvertures par terre juste à côté d'eux et on dormait là. Je me rappelle de ces moment car on se sentait en sécurité, et protégé et aimé, oui mes meilleurs dodos, je vous le dis, et voilà le temps, la  nuit s’étaient écoulés, et on donnait l’ordre d'aller se coucher, et ma mère qui disait, "non!! non!! on laisse tout comme ça. Demain le bon dieu y verra", et le lendemain nous les enfants on allaient sous la tonnelle, aie aïe aïe ça sentant encore le mouton, le cumin, le vin qui avait séché dans les verres. Et des fois y avait des grosses fourmis rouge je me rappelle on les appelait les gendarmes, alors ma mère elle mettait de la poudre et hop les fourmis elles crevaient, ah oui je me rappelle de tout. Car en ce temps là, c'était le bonheur le bonheur des gens simples, oui papa maman quand je repense à ce temps là, je me dis qu’est ce qu’on a pu être heureux, on avait rien de ce qu'on possède aujourd’hui la télé, la grosse voiture, les CD, etc etc mais on avait l'essentiel ... la famille.

Papa maman là où vous êtes j'espère que vous faites encore les brochettes comme quand on était à Bône, comme quand c'était le temps des jours heureux.

A mon papa et ma maman
A suivre
Gérard

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