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Gérard

Les jours heureux

Suite de notre arrivée en France Aïe Aïe

(Gérard Rodriguez)

Voila donc suite devait être donnée pour Lyon. Mais voilà ma tante était partie pour Clermont-Ferrand. Donc là mère poule et ses poussins de reprendre le train pour Clermont, où nous allions nous installer chez ma tante, en attendant. On arrive à Clermont et cherche l'adresse de ma tante. On trouve la rue dans un vieux quartier, que des vieilles maisons, comme y en a tant en France. Une maison de plus de 400 ans. aie aie... où est notre belle villa à 300 mètres de la mer à Bône. On passe un portique en béton qui s'effrite de toute part par les années, triste comme un jour sans pain. Il y avait une petite cour, et là on grimpe un escalier très étroit dans le noir pas de fenêtre pour éclairer. Au deuxième ma tante habitait.

On entre, mon dieu (enfin je n’y crois plus en dieu depuis l'Algérie et avec ce que je vois dans le monde en ce moment je sais que j'ai raison car si y en a un de dieu quand je mourrais y va se prendre une tréaaa comme jamais il a reçu pour avoir laissé aller. Mais bon!!) Mon dieu quelle tristesse, des gros murs sombres, des fenêtres toutes petites, il y avait 3 pièces. Ma tante était là avec ses 3 filles et 2 garçons je crois et nous qui débarquions à 4 aie aie.. Et on s’installe tant bien que mal, comme il n’y a pas assez de lit, on couche par terre ainsi que ma mère. Et oui maman chez nous tu avais un lit, en France on couche par terre, merci encore les francais!! Tu te rappelles maman ton lit.

Moi je le revois encore dans votre chambre car tout est resté intact dans ma mémoire, le premier janvier on venait nous tous les enfants sauter dans votre lit tu étais là avec papa et on vous souhaitait la bonne année et on ouvrait des amandes et si on en trouvait deux à l'intérieur on criait: philipinne et papa nous donnait à chacun une pièce. Bref, nous qui avions tout le confort à Bône nous voilà à coucher par terre. Dans une vielle maison dans un pays étranger où on sentait parfois l’hostilité envers nous les peids noirs et oui la France n'est pas mon pays, rappelez vous à Marseille les francais disaient de nous quand nous débarquions (jetez les à la mer) eh oui faut le dire c'est ce qui fut c'est la réalité..., quand on est un adolescent on oublie rien. Tout nous marque, s'inscrit en nous pour toujours.

Oui une partie de ma vie m'a été volé par ce départ de mon pays et je sais que pour toujours j'en porte les stigmates, mais aussi une force incroyable et une volonté de me battre pour tout ce que j'entreprends. Je me sens un homme qui se tient debout, car comme beaucoup de mes compatriotes j'ai dû apprendre très vite à survivre. Dans l'inconnu et les regard hostiles, ah ah!!! Et les toilettes pas de toilettes dans la maison, il fallait redescendre dans l'espèce de petite cour et là il y avait au fond sur la gauche des toilettes turcs pour tous les habitants de ce coin de maison. Une horreur, là encore où sont nos beaux cabinets de la cité montplaisant, où on s'installait dans les toilettes avec, des livres comme Tartine Mariolle, Bleck le rock, vous rappellez vous Bleck le rock, le trappeur avec le professeur occultisse, aussi kid carson.

Tiens il y a deux ans je suis allé a TAO’S au nouveau Mexique aux USA ah j'adore les USA!! Voir kid carson et oui kid carson est de tao’s donc voir, sa tombe, sa maison bref tout ce qui est son chez lui. Au fait, la démystification, on voit tous kid carson, le grand blond de 1m 85 détrompez vous il mesurait 5 pieds 6 (ah ah je vous laisse calculer) et était brun. C’était un des rêves, voir où a vécu le héros de mon enfance enfin pas si héros car là j'ai appris son histoire et je peux vous dire que même encore aujourd'hui les indiens le haïssent, tellement il en à tué.

Bref je reviens à mon récit et oui on s’installait dans les cabinets pour lire et ma mère, qui nous criait: "alors tu sors tia finit de lire dans la bibliothèeque" et cela avec l'accent bônois. En tout cas à Clermont on restait pas deux heures aux toilettes turque car les genoux y nous faisaient vite mal, et plus ça puait, bref j'en passe. Enfin dans cette vielle maison on a dû y rester au moins 4 mois je pense. Pour tuer le temps on partait en ville avec le car et oui le car, et on se promenait avec mes cousines enfin toute la smala, des gosses. Et on rentrait le soir, des fois le soir on allait au bout du quartier, il y avait une fontaine avec des têtards, on essayait de les attraper, ma mère était assise sur un banc et restait là des heures sans rien dire elle pensait et repensait en silence. La pauvre elle devait se demander ce que nous allions devenir mais jamais non jamais elle ne nous a inquiété avec cela. au contraire elle nous rassurait. Avec des mots doux, et ne montrait rien qui ne puisse trahir son inquiétude (n'oubliez pas mon père était encore à Bône) donc ma mère est seule pour assurer notre survie et sans flousse aie aie comme ça à dû être dure pour elle. Comment elle se démerdait pour nous nourrir je ne sais pas. Elle restait là à nous regarder et à surveiller sa progéniture, avec le temps je me demande bien ce qui pouvait lui passer dans la tête comme pensées, elle était assise les deux pieds croisés en arrière sur ce vieux banc et les mains avec les doigts croisés comme pour une prière. (Rappelez vous elle est toute petite comme edith piaf) mais rien ne trahissait son inquiétude, mais jamais elle ne se plaignait mère courage.

Il y avait aussi un cinéma. Des fois on allait voir un film, oh pas souvent car pas de flouss. Je me rappelle que une fois à clermont en ville, sur une grande place il y avait une grande fontaine avec une statue au centre et on jouait à courir sur le bord et on avait poussé ma cousine dedans qui bien sur s'était toute mouillée. En écrivant tout cela je me dis qu’est ce qu'on a pu s'emmerder à ne rien faire. Ensuite on rentrait. Dans ces murs gris.

Une fois ma mère qui avait passé le balai, avait comme chez nous aie aie tout jeté la poussière par la fenêtre. Voilà pas qu'on s’entend la voisine du dessous crier comme une folle. Ma mère se penche par la fenêtre, regarde et la voisine qui te l'engueule car toute la poussière elle était tombée dans sa soupe qu'elle avait mise à refroidir sur le rebords de la fenêtre, ça nous avait bien fait rire je sais moi que les souvenirs que j'ai de cet endroit se résume à cela, murs noir, tristesse, manque de mon pays l'Algérie. Mais aussi, amour familial resserré par l’adversité, les jeux avec mes cousines, mais une belle perte de temps à attendre une suite laquelle on ne connaissait pas car on débarquait dans un pays étranger, la France, et tout devait se refaire et s'apprendre à chaque jour.

Ma belle maman qui en 1962 nous a sauvé par son courage, elle est morte comme elle a véçue toujours en chantant. Ici 5 minutes avant sa mort en 2007 à 94 ans, elle chantait et tapait dans ses mains. Une grande dame. Une mère courage.

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Je me rappelle aussi que au marché quand on y allait pour acheter des fruits et des légumes, dès que ma mère ouvrait la bouche (enttentionnne on avait encore notre bel accent à noussautresss po po po) les marchands français relevaient la tête pour bien nous dévisager, ils venaient en entendant ma mère parler, de comprendre que nous étions des pied noirs, nous étions devenu des curiosités exotiques, et devait se dire tiens voilà les pied noirs et naturellement cela était très péjoratifs à voir sa tête cuilllaaa mon vieux il avait voté pour l'indépendance. Je dis bien des pieds-noirs pas des rapatriés car pour moi ma patrie c'est l'Algérie. La France on l'a connut pour notre malheur grâce à la grande zorra. Je me rappelle aussi à cette époque j'étais remplit de tics nerveux dû entre autre à la fois ou à la chasse avec mon père dans le djebel du côté de Sidi Djemil, on était tombé sur des fellaghas et j'avais eu très peur mais bon cela ce sera pour une autre fois je vous raconterais. Donc vu que j'étais plein de tics nerveux, ma mère achetait au marché le mercredi à un marchand surement un charlatan une espèce de boisson qui se vendait dans des bouteilles de vin, et dont je devais boire un verre par jour ça goûtait rien, c'était transparent, bref sûrement que on se faisait avoir mais bon mère courage y croyait alors!!! Et lui le charlatan y prenait nos sous. En ce temps là sur les marchés tu vendais tout ce que tu voulais, y avait pas de contrôles, ça a jamais rien changé à ma situation ce n'est que avec le temps que mes tics nerveux ont disparus.

Voilà pour ce soir dans le calme de l'hiver canadien et en pleine tempête de neige. Mon petit bout de souvenirs. Mère courage, avant qu'elle meure, chantait et frappait dans ses mains. Une grande dame. Ma maman. Ce soir c’est pour lui rendre hommage que j’ai laissé aller ma mémoire.

A suivre
Gérard

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